ManifesteMes pièces se tiennent debout.
Elles ont une colonne vertébrale, une ossature secrète qui les ancre dans l’espace. Comme si, avant même d’exister, elles avaient décidé de leur place. Je les modèle avec l’exigence d’une architecte : j’y cherche l’équilibre des volumes, la justesse d’une ligne. Mais l’argile, elle, a ses propres règles. Elle résiste, se rebelle, rappelle qu’elle est vivante. Ce dialogue entre la main et la matière, entre l’intention et l’imprévu, c’est ce qui donne à chaque pièce son âme.
Ce qui m’obsède, c’est le moment où l’objet bascule.
Celui où il cesse d’être une simple forme pour devenir une présence. Quand il respire. Quand il occupe l’espace comme un corps. Quand il semble vous observer en retour, chargé d’une histoire qui dépasse sa fonction. Mes pièces sont des hybrides : à la fois rigoureuses et organiques, quotidiennes et presque sacrées. Elles pourraient appartenir à un rituel ancien ou à une collection de design avant-gardiste. Cette ambiguïté, cette capacité à traverser les époques, c’est ce que je recherche.
615, c’est l’adresse où tout a commencé.
Un retour au réel après des années passées à créer dans l’univers dématérialisé du numérique. J’ai eu besoin de retrouver le poids des choses, la patience de la matière, la lenteur du séchage et des cuissons. L’argile m’a appris une chose essentielle : les objets les plus simples sont ceux qui survivent. Non pas parce qu’ils sont parfaits, mais parce qu’ils sont nécessaires. Parce qu’ils portent en eux la trace d’un geste, d’une intention, d’un accident.
Mes pièces explorent cette idée :
Celle d’un vivant caché dans l’inerte.
Elles oscillent entre structure et fragilité, entre rigueur et abandon. Chaque forme est une entité autonome, presque habitée, comme si elle gardait en mémoire le souffle de ceux qui, avant moi, ont façonné la terre. Ici, on ne fabrique pas des objets. On leur donne une voix.
615 c’est un retour au réel.
